Un peu d’histoires …

Une drôle de facture !!!!!

Voici une facture datée de mars 1841 établie par un peintre-sculpteur-décorateur chargé de la réfection des statues dans une petite église du Finistère.

Tout est authentique même l’erreur d’addition. Le document trouvé dans les archives de l’église se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris.

Mémoire de ce qui est dû à Monsieur Lestisse, peintre-sculpteur-décorateur, pour travaux exécutés dans l’église de Lanviouze (Finistère) le 9 mars 1841.

  • Pour avoir descendu le grand Bon Dieu de dessus le maître-autel, l’avoir lavé et nettoyé…………………………………………………………………………. 14 F 10 sous
  • Pour avoir fait un nouveau râtelier pour Saint-Louis et l’avoir lavé par devant et par derrière……………………………………………………………………….. 3 F 10
  • Pour avoir mis un nouveau bras à Saint Etienne, lui avoir blanchi le nez et fourni une calotte pour cacher le trou qu’il avait dans la tête…… 3 F 30
  • Pour avoir corrigé le Pater Noster et lui avoir fourni une main, un bras, 2 pieds et avoir peint et nettoyé toutes les figures…………………………….. 18 F
  • Pour avoir peint et nettoyé Saint Jean- Baptiste et son mouton et lui avoir placé une corne sur le côté gauche………………………………………………… 5 F
  • Pour avoir lavé la Sainte Vierge et lui avoir refait un enfant Jésus et un bras gauche……………………………………………………………………………… 24 F
  • Pour avoir remis au Saint Esprit une queue neuve et avoir refait un nouveau chapeau à Saint Joseph……………………………………………………….. 4 F
  • Pour avoir fourni les cordes pour peindre les Saints Anges au-dessus de l’autel…………………………………………………………………………………………… 5 F
  • Pour avoir ôté les vieux yeux des douze apôtres et les avoir remplacés par des neufs…………………………………………………………………………………… 6 F
  • Pour avoir peint une ceinture, mis un bras et une trompette à l’ange qui est au-dessus de la chaire…………………………………………………………. 7 F 8 sous
  • Pour avoir lavé et nettoyé Saint Isidore, Sainte Barbe, Saint- Nicolas, et Sainte Cécile avec son violon et leur avoir fourni tout ce qui leur manquait
  • ……………………………………………………………………………………….. .20 F 3 sous
  • Pour avoir fait un diable neuf, l’avoir placé sous les pieds de l’Archange Saint Michel et les avoir peints tous les deux………………………………… 45 F
  • Pour avoir détruit la grande fleur de Lys, pour avoir varlopé le derrière de Saint-Louis et de Charlemagne qui ne voulaient pas entrer dans leurs niches et les avoir peints et décorés tous les deux…………………………………… 45 F

 

Ce qui donne un total de……………………………………………………. 166 F 40

pour la réfection des saints de l’église de Lanviouze.

Varloper = raboter.

photoarticlemoniquepalud

Il n’existe pas de commune LANVIOUZE dans le Finistère, il s’agit de LANRIVOARE et le dénommé LESTISSE se nommait en fait L’HOSTIS et voici une vue du chœur de l’église de LANRIVOARE  avec les statues restaurées en 1841.

«Jean-Marie L’HOSTIS était certainement un artisan habile mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il avait aussi, en bon breton, un certain sens de l’humour» souligne Monique Palud.

 De Monique Palud

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De Monique Palud

Les déboires d’un maître de barque.

Les faits qui suivent se sont déroulés en 1792 pendant la Révolution française au moment de la Terreur.
A Pouldouran demeure un dénommé Jean le TINEVEZ, âgé d’environ 37 ans, il exerce la profession de maître de barque. Le bateau qu’il commande est la « Diligente », un lougre appartenant à Yves le Gac de Troguéry (ce dernier est le métayer de Kerandraou). Le lougre est un petit bâtiment ponté, à deux ou trois mâts, de 14 à 23 mètres de long, il sert à faire du cabotage sur les côtes de la Manche. La « Diligente » doit avoir une longueur de 13 mètres environ car il jauge seulement 6 tonneaux, voici un lougre de la même taille.
Au début du mois de décembre 1792, Jean le TINEVEZ embarque sept personnes dans la rivière de Tréguier :
Joseph RIVIERE, 37 ans environ, a été domestique de l’abbé de SAINT- PRIEST et est maintenant perruquier et marchand épicier à Tréguier. Il est originaire du Boulou près de Perpignan mais réside à Tréguier depuis 12 ans.
Isaac LE GOFF, 17 ans environ, a été écolier au collège de Tréguier et est laboureur depuis 2 ans à Pommerit-Jaudy.
Pierre MORVAN, 28 ans est garçon  maréchal (ferrant) à Plougrescant.
Jean HAMON, 43 ans est débitant (cabaretier) à Plougrescant.
Jacques LE PLADEC, 35 ans environ est fournier à Tréguier.
Yves GARRIC, 21 ans est maçon à Plougrescant.
Jean le  DIAGORN, 38 ans est laboureur à Plougrescant.
Ces personnes vont à Guernesey acheter du tabac en carotte, du fer, de l’eau de vie et autres marchandises. Nous remarquons que la majorité d’entre eux est de Plougrescant, on peut supposer que certains d’entre eux sont aussi des marins car pour aller à Guernesey il fallait de la main d’œuvre pour aider le capitaine à actionner les voiles.
Leur séjour à Guernesey dure environ 3 semaines, ils en repartent la veille de Noël. Le bateau est chargé de marchandises et de deux passagers supplémentaires. Jean le TINEVEZ a conclu un marché avec Jean Baptiste KERILLIO et Corentin le CALVEZ  pour les ramener en France. D’après le capitaine le premier est un marin qui a fait naufrage et le deuxième un pauvre domestique.
Au retour ils sont pris dans une tempête aux environs du cap Fréhel, le 26 décembre le bateau tosse sur les rochers du fort La Latte et s’échoue vers 9 heures du matin dans la baie de La Fresnaye près de Saint-Cast. Heureusement tous les hommes ont la vie sauve mais la marchandise, sauf le fer, est perdue. Avec le secours des habitants ils réussissent à amarrer la barque sommairement car il n’y a plus ni cordages, ni ancre. Les dix passagers sont accueillis par des gens de Saint-Cast qui font sécher leurs vêtements et les réconfortent après les épreuves qu’ils viennent de vivre.
La gendarmerie, prévenue du naufrage, commence une enquête.
Le capitaine est questionné, il dit venir de la pêche aux Roches-Douvres et que son équipage se compose de 10 hommes lui compris, mais sur le rôle d’équipage qu’il présente il n’est porté que 2 hommes. Il est embarrassé quand on lui demande leurs identités, il prétend d’abord ne pas les connaître et finit par les désigner sous de faux noms.
Les autres passagers passent à leur tour à l’interrogatoire, au début ils font les mêmes réponses que le TINEVEZ mais bien vite ils donnent leurs vrais noms et disent qu’ils viennent de Guernesey. Tous ces mensonges et le fait qu’ils reviennent des îles anglaises font que leur voyage devient suspect. De plus aucun d’eux n’a de passeport.
L’affaire se corse encore car le jour du naufrage, un particulier trouve dans l’après-midi 3 lettres laissées par la marée sur la grève et le 28 décembre au matin deux autres personnes découvrent entre deux rochers un panier d’osier, bien mal en point, rempli de missives et de papiers, ces trouvailles sont faites près du lieu d’échouage du bateau. Toutes ces découvertes sont portées à la gendarmerie et au vu des noms et du contenu des lettres les dix hommes sont emprisonnés le 27 décembre à Matignon, le lendemain à Lamballe et le 29 à Saint-Brieuc.
Pourquoi est-ce un délit de revenir des îles anglaises et de transporter du courrier ?  N’oublions pas que nous sommes en pleine Révolution française. Un grand nombre de nobles et de prêtres, partisans de la Monarchie, se sont enfuis de France pour échapper à la répression et beaucoup d’entre eux se trouvent en Grande Bretagne et en particulier à Jersey.
Or toutes les lettres trouvées au bord de la mer ont été écrites à Jersey les 7, 8, 9, 12, 14 et 15 décembre dernier, par des français émigrés et déportés, pendant le séjour de la « Diligente » à Guernesey. Ces courriers sont adressés à différentes personnes résidant dans les districts de Lannion, Pontrieux, Guingamp et Pontivy et dont 3  à Joseph Rivière qui fait partie de l’équipage.
D’autre part, il s’avère que Corentin le CALVEZ et Aimé Marie Huon KERILLIO, les deux personnes embarquées à Guernesey pour venir en France sont des émigrés.
Le tribunal criminel des Côtes du Nord se réunit à Saint-Brieuc le 9 août 1793 pour se prononcer sur le sort de ces dix personnes qui sont accusées : d’émigration,  de transport de monnaie hors de France et de fraude sur les droits d’entrée concernant les marchandises.
Les huit hommes qui ont embarqué dans la rivière de Tréguier nient avoir apporté à Guernesey de l’or ou de l’argent (la loi du 9/02/1792 interdit toute exportation de numéraire), ils affirment avoir seulement sur eux les sommes nécessaires à leurs achats. Ils déclarent ne pas savoir que le passeport est obligatoire pour sortir du pays et pensent que le commerce des marchandises est libre. Ils disent avoir connu les deux passagers supplémentaires uniquement au moment de leur embarquement. Ils ne sont pas non plus au courant des lettres trouvées au bord de la mer. Le TINEVEZ, interrogé sur ses mensonges, les attribuent à l’état où l’avait mis le danger couru au moment du naufrage et pour le transport des marchandises il possède un certificat prouvant qu’il peut faire du cabotage.
Ils sont tous acquittés sauf Joseph RIVIERE qui est accusé d’être d’intelligence avec les émigrés et de leur avoir apporté de l’argent, des lettres et des paquets. En effet dans le texte de certaines lettres le nom de ce dernier est clairement mentionné,  dans celle du 15 décembre 1792 adressée à Melle Kersehan à Tréguier « J’ai reçu de Rivière 37 louis et ma malle… », dans une autre écrite à Jersey le 6 du même mois et destinée au bon citoyen frère Yves demeurant chez Madame Plessix à Tréguier « j’ai reçu fidellement les cent écus que je vous avais demandé, Rivière qui a bien voulu s’en charger me les a comptés… » Malgré ses dénégations, il est condamné le 15 octobre 1793 à la détention jusqu’à la paix.
Corentin le CALVEZ, embarqué sur la « Diligente » à Guernesey, est âgé de 33 ans environ, originaire de Saint-Mayeux, il  est domestique jardinier du dénommé DU BOIS BERTHELOT et habite avec lui dans son château à Canihuel paroisse de Bothoa. Il s’est embarqué avec ce dernier en février 1790 au Légué (près de Saint-Brieuc) pour aller à Jersey où il reste jusqu’au 25 septembre, à cette date les deux hommes partent 15 jours à Londres. Le CALVEZ revient seul à Jersey et devient jardinier de l’avocat du roi de cette ile et y reste jusqu’à son embarquement pour revenir en France avec la permission de son employeur dont il a un congé (autorisation d’absence). Il prétend être allé en Angleterre seulement pour suivre son maître qui est son « gagne-pain » et être revenu en France pour affaires de famille. Comme les autres il prétend ne pas être au courant des lettres et ne pas connaître les lois sur l’émigration. Une de ces lois ordonne aux émigrés de revenir en France avant le premier janvier 1792 sous peine d’être déclarés rebelles et déchus de leurs droits et celle du 22 octobre 1792  banni à perpétuité les émigrés et les condamne à mort s’ils rentrent. Le 27 août 1793 Le Calvez est condamné à la déportation.
Aimé Jean Marie Huon KERILLIO est âgé d’environ 26 ans, natif de Saint Pol de Léon, il  est aspirant de marine et a résidé chez le sieur Du RUSQUET son tuteur, dans la même ville, jusqu’à son mariage. Il demeure au château de BOUGEN KERDANET à Irvillac, près de Landerneau, depuis son union avec la demoiselle de ce nom. Il a embarqué à Roscoff en janvier 1792 pour se rendre à Jersey soi-disant pour trouver du travail. De février à novembre 1792, il  navigue comme matelot sur un bateau anglais mais à son dernier voyage il fait naufrage et décide alors de retourner en France. Il est lui aussi considéré comme émigré mais le jugement du 25 avril 1793 le renvoie devant le tribunal criminel du Finistère d’où il est originaire.
Conclusion de cette histoire, on ne peut s’empêcher de penser que les 7 acquittés s’en sortent bien, parce que le trafic de tabac et d’eau de vie, entre Guernesey et la France, sans passeport, sans autorisation, est tout simplement de la contrebande. De plus, il ne faut pas 3 semaines pour acheter des marchandises.  Pendant cette période le bateau a eu largement le temps d’aller à Jersey chercher les lettres et les deux émigrés. Jean le Tinevez était-il coutumier du fait ? Au cours de son interrogatoire on apprend que son frère Luc a aussi été emprisonné à Matignon en Juin 1792 (il était alors maître d’une barque appartenant à Yvon Allanet. On peut supposer qu’une personne est intervenue pour faire acquitter l’équipage, peut-être Yves Le GAC propriétaire du lougre « La Diligente » car il était au mieux avec les Républicains.
De toute façon, sans le naufrage, le bateau aurait ramené tout le monde à bon port et personne n’aurait rien su de ce trafic. Mais rien ne nous interdit de penser que ce genre de voyage devait être courant dans la région mais on ne va quand même pas aller jusqu’à dire que Pouldouran était un port de contrebande.
 Réf : 102 L art 89.

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